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Thibaut AARON

15 décembre 2017

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Canal de Panama : économies d’énergie versus biodiversité ?

Jusqu’en 1914, le continent américain était un barrage naturel infranchissable par voie maritime. Au nord, les eaux glacées du cercle arctique empêchait le passage des navires marchands. Au Sud, ils devaient affronter le passage de Drake, célèbre pour ses conditions météorologiques extrêmes.

 

Il fallut attendre 1914 et l’intervention de l’Homme pour ouvrir un passage au centre du continent américain, à travers l’isthme de Panama qui donna son nom au canal. Cette voie d’eau est depuis une zone incontournable et un point hautement stratégique pour le transbordement de marchandises. Plus de 14 000 navires et près de 5% du trafic maritime mondial transite aujourd’hui par ce canal.

 

Cette étroite route maritime reliant la mer des Caraïbes à l’océan Pacifique a tout de même permis de raccourcir le trajet de près de 13 000 km pour un navire marchands souhaitant relier la côte est à la côte ouest nord-américaine. De quoi faire d’importantes économies d’énergie ! Une économie profitable aussi bien aux compagnies maritimes qu’à l’environnement.

 

Chaque jour, ce canal long de 80km est traversé par une quarantaine de navires. Une limite a été fixée par les autorités quant aux dimensions des bateaux pouvant l’emprunter (294 mètres de long et 32 mètres de large). Tout navire respectant ces critères rentre dans la catégorie des « Panamax », et doit s’acquitter d’un droit de passage qui varie en fonction de leur capacité.

 

Un élargissement à 5 milliards de dollars

 

En juin 2016, après plus de 9 ans de travaux, et de nombreux retards liés aux grèves et au climat, les travaux d’élargissement du canal prennent fin. Il peut désormais accueillir de plus gros bateaux. En élargissant le cercle des Panamax, le gouvernement panaméen entend bien pérenniser son monopole, augmenter le chiffre d’affaire du canal, tout en éloignant la menace que représente le projet de canal du Nicaragua qui pourrait bien un jour concurrencer le canal de manière directe.

 

Un coût environnemental colossal

 

Alors certes, le canal offre la possibilité au moyen de transport de marchandises le plus écologique de faire des économies d’énergie. Mais son impact sur la biodiversité est loin d’être négligeable. Outre la déforestation massive de la forêt tropicale essentielle à l’apport d’oxygène sur terre et le bétonnage des écluses, c’est surtout l’ouverture d’un passage fermé durant des millions d’années qui a engendré le plus fort impact sur la biodiversité. Depuis, les espèces exotiques envahissantes pullulent et le lac Gatun, principal source d’eau pour le canal, rencontre des périodes de sécheresse qui n’existaient pas jusqu’à l’ouverture de la voie maritime.

 

Comme pour beaucoup de pays d’Amérique Centrale, le Panama génère plus de 50% de son d’électricité grâce à son parc hydroélectrique. Les centrales au fioul (37%) et au charbon (7%) complètent le mix électrique. Le pays est donc en grande partie dépendant des pluies saisonnières qui arrosent le pays de mai à décembre. Mais le changement climatique et l’intensification du phénomène météorologique El Nino fait peser un risque sur l’approvisionnement électrique du pays.

 

En 2013, le pays a connu la pire sécheresse depuis plus d’un siècle. En cause: un retard de la saison des pluies. En 2016, la sécheresse a même obligé les autorités à momentanément limiter la taille des bateaux autorisés à emprunter le canal.

 

Et la multiplication des épisodes de sécheresse risque bien de transformer l’hydroélectricité en source d’énergie intermittente. Elle ne suffira donc pas au Panama pour atteindre l’objectif que le pays s’est fixé dans le cadre de l’Accord de Paris. Le pays projette de produire 70% de sa consommation en énergie avec des sources renouvelables d’ici à 2050.

 

Pour satisfaire ses besoins électriques et limiter les risques sur la production, le Panama compte sur ses voisins dont le mix électrique est déjà largement décarboné. Le pays développe des interconnexions (à hauteur de 300 MW) avec le Costa Rica, le Honduras, le Salvador, le Guatemala et le Nicaragua. Une nouvelle ligne électrique avec une capacité de 300 MW devrait être construite l’année prochaine.

 

Très insuffisant lorsque l’on sait que le dernier rapport de l’ONU Climat estime que les contributions des Etats ne représentent qu’un tiers de l’effort nécessaire pour contenir le réchauffement climatique en deçà de +2°c par rapport à l’ère pré-industrielle.

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