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Thibaut AARON

11 janvier 2018

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Énergie & Climat : le double discours de l’Equateur

L’Equateur, nouvelle étape de l’Energy Transition Tour, est tiraillé entre préservation de la forêt et exploitation pétrolière dans des zones encore vierges de l’Amazonie.

 

Ce pays membre de l’OPEP, qui détient les troisièmes plus larges réserves pétrolières d’Amérique du Sud après le Brésil et le Vénézuela, exporte 70% des 548 000 barils qu’il produit chaque jour. Le pétrole est une manne financière majeure : il représente plus de la moitié des exportations.

 

« Nous allons utiliser jusqu’à la dernière goutte de pétrole pour sortir au plus vite de la pauvreté », Rafael Correa, Président de l’Equateur 2006 – 2017

 

Il y a dix ans, le pays proposait à la communauté internationale de financer la préservation de la biodiversité unique du parc national Yasuni. L’Equateur s’engageait à renoncer à l’exploitation de ses réserves pétrolières en Amazonie en échange de compensations financières internationales à hauteur de 50% du manque à gagner (soit 3,6 milliards de dollars). Un sacrifice qui s’est finalement soldé par un échec, car au total ce sont 120 millions de dollars qui ont été abondés ou promis.

 

L’ex-Président Rafael Correa, qui a achevé son troisième mandat en mars 2017, estimait sur ce sujet avoir été abandonné par la communauté internationale. Mais s’agissait-il d’un coup politique ou d’une proposition avant-gardiste ? Quoi qu’il en soit, il s’est engagé à l’occasion de la COP21 à « utiliser jusqu’à la dernière goutte de pétrole pour sortir de la pauvreté ». Une déclaration à contresens de l’histoire qui confirme les trop faibles ambitions du pays en matière d’énergie et de climat.

 

L’hydro comme première source d’électricité

 

L’Equateur dispose également de ressources hydriques imposantes qui permettent de produire plus de la moitié de l’électricité consommée dans le pays. De nouveaux barrages en construction permettront dans les prochaines années de porter la part de l’hydroélectricité à 92% du mix électrique. Une bonne nouvelle pour le climat malgré l’abandon des autres filières renouvelables.

 

Du côté des ménages, un grand plan de remplacement de l’ensemble des cuisinières au kérosène par des plaques à induction a également été lancé afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre tout en éliminant les risques pour la santé et la sécurité.

 

Avec un taux d’accès à l’électricité de 99%, l’Etat continue d’investir dans ses réseaux électriques pour limiter les pertes et accroître son efficacité. L’objectif étant de faire baisser la demande et de maintenir l’offre, tout en la dépolluant.

 

Mais malgré ces efforts, la consommation d’énergie primaire de ce pays de 16,4 millions d’habitants repose toujours à 76% sur le pétrole. Il est temps de diversifier le mix énergétique tout en faisant de la réduction de l’intensité carbone une priorité !

 

Les transports, principale source d’émissions de gaz à effet de serre du pays

 

Le principal poste d’émissions de gaz à effet de serre de l’Equateur concerne les transports. Et le prix résolument bas du litre d’essence à la pompe (0,35€) et l’absence d’infrastructures ferroviaires confortent le monopole de la voiture individuelle et des bus vieillissants. En 2015, 42% des émissions du pays étaient liées aux transports.

 

À Quito, dans la capitale, la voiture est reine et les embouteillages sont devenus quotidiens. Signe extérieur de richesse et effet pervers de la circulation alternée, nombreux sont les Quiténiens à posséder deux voitures. L’altitude, les dénivelés et la vétusté des transports collectifs aggravent la situation sanitaire liée à la pollution.

 

Mais l’arrivée imminente du métro dans la capitale, la reprise des travaux du tramway de Cuenca et la construction d’un téléphérique à Guayaquil vont donner la possibilité à près de 4 millions d’équatoriens d’abandonner leur voiture. Le feront-ils ?

 

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