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Thibaut AARON

15 décembre 2017

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Quel est bilan du One Planet Summit ?

Organisé deux ans jour pour jour après la signature de l’Accord de Paris sur le climat et six mois après le retrait américain, le « One Planet Summit » avait pour objet d’accélérer la réorientation des financements publics et privés vers les projets bas-carbone. De beaux mots, une communication réussie, mais quelles en sont les principales annonces ?

 

La Banque mondiale en première ligne

 

L’annonce qui marquera à coup sûr cette journée de mobilisation est celle de la Banque mondiale. Elle ne financera plus le gaz et le pétrole dès 2019. L’année dernière, ces financements représentaient 1,6 milliard de dollars, soit environ 5% des engagements financiers de l’institution financière internationale. Seule exception, les investissements dans le gaz dans des pays pauvres, si les projets sont compatibles avec l’Accord de Paris, c’est à dire s’ils permettent de réduire l’empreinte carbone du mix énergétique.

 

La Banque mondiale a également confirmé l’objectif qu’elle s’était fixé à l’occasion de la COP21 : allouer 28% de ses prêts à l’action climatique d’ici 2020. Elle publiera à partir de l’an prochain un bilan annuel des émissions de gaz à effet de serre des projets financés en matière d’énergie, de transport ou encore d’agriculture. L’institution promet également de se fixer de nouveaux objectifs l’année prochaine en Pologne, à l’occasion de la COP24.

 

L’Europe en retrait

 

Face à ces annonces encourageantes de la Banque mondiale, le silence de la Banque centrale européenne (BCE) est d’autant plus assourdissant. Car malgré la signature de l’Accord de Paris, la BCE continue d’injecter des dizaines de milliards d’euros d’argent public dans l’industrie des énergies fossiles. Le 8 décembre dernier, le climatologue Jean Jouzel et l’économiste Jean Larrouturou ont lancé un appel en faveur d’un pacte européen pour financer la transition énergétique. Ils suggèrent une réorientation partielle de la création monétaire de la BCE vers un plan climat européen. Une idée lumineuse qui permettrait de donner un véritable coup d’accélérateur à la transition énergétique en Europe.

 

La Commission Européenne, quant à elle, a annoncé une série de mesures pour accélérer la transition énergétique et écologique. En janvier 2018, le groupe de haut niveau spécialisé dans la finance durable présentera une série de recommandations afin de réformer le cadre financier de l’Union, en faveur des entreprises les plus vertueuses. Elle souhaite également mobiliser le secteur financier et présentera en mars 2018 un plan d’action global qui promet de mieux intégrer les critères ESG (environnement, social et gouvernance).

 

Des assureurs qui n’assurent plus

 

Au delà des annonces politiques, il y a des signaux qui en disent long sur l’urgence de la situation. Les assureurs et réassureurs, spécialistes de l’évaluation et de la prise en compte des risques alertent, et se désengagent peu à peu des activités les plus émettrices de gaz à effet de serre. Axa, qui avait annoncé lors de la COP21 une première réduction de ses investissements dans le charbon, vient d’annoncer de nouveaux désinvestissements. 2,4 milliards d’euros d’actifs dans le charbon et 700 millions d’euros d’actifs dans les sables bitumineux vont être désinvestis par l’assureur.

 

Une nouvelle coalition « Climate Action 100+ »

 

225 grands investisseurs représentant plus de 26 300 milliards de dollars d’actifs se sont engagés à faire pression sur les 100 entreprises cotées les plus émettrices de gaz à effet de serre en leur demandant de présenter une stratégie bas-carbone en conformité avec l’Accord de Paris.

 

La mobilisation des banques de développement

 

Enfin, 23 banques de développement dont l’Agence Française de Développement ont signé un accord pour accélérer la mise en œuvre de l’Accord de Paris dans les pays émergents. 200 milliards de dollars devraient être mobilisés sous forme de prêts aux pays en développement.

 

Si le sauvetage de l’Accord de Paris et la (re)mobilisation des acteurs du monde de la finance était bel et bien nécessaire, nous pouvons regretter l’absence de mesures et de financements dédiés à l’adaptation au changement climatique. Car nous savons désormais que nous n’arriverons pas à limiter la hausse des températures à +1,5°c, ni même à +2°c. Or il s’agit de seuils critiques pour les Philippines, les îles Fidji, et de nombreux autres pays qui subissent déjà de plein fouet les conséquences du changement climatique.

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